
Depuis 2002, l’Ensam de Châlons-en-Champagne propose une spécialisation en génie agro-bio industriel à ses élèves de 3e année. Une filière qui intéresse fortement les entreprises.
Industrie agroalimentaire, biocarburants, médicaments, cosmétiques, traitement des déchets... Face aux nombreux débouchés offerts par l’agro-bio industrie, l’Ensam de Châlons-en-Champagne a mis en place en septembre 2002 une filière de spécialisation pour former les étudiants aux exigences de ce secteur (voir AMM de janvier-février 2006, p. II du cahier Arts et Métiers Actualités). «Le mouvement est venu des professionnels», souligne Jean-Luc Miquel (Ch. 76), professeur à l’Ensam en charge de cette spécialisation. «Les ingénieurs du secteur, notamment du milieu sucrier, ont beaucoup milité pour que cette filière se mette en place.» Proposée en troisième année, la spécialisation «génie agro-bio industriel» représente 180 heures d’enseignement spécifique, en plus d’un tronc commun à tous les étudiants. Au programme, connaissance des micro-organismes, génie agro-industriel pour étudier les process spécifiques à la pharmacie ou à l’agroalimentaire, conception hygiénique des installations agroindustrielles, conception et fabrication des emballages agroalimentaires... Une formation élaborée en partenariat avec l’université de Reims et d’autres grandes écoles spécialisées comme l’Ensia (École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires de Massy) ou l’Esiec (École supérieure d’ingénieurs en emballage et conditionnement de Reims). Pour passer de la théorie à la pratique, la spécialisation prévoit, comme pour les autres filières, un deuxième semestre entièrement consacré à un projet d’expertise. «Il peut s’effectuer dans une entreprise ou au sein de l’école, mais toujours sur une vraie problématique industrielle, précise Jean-Luc Miquel. Nous tenons aussi à assurer un véritable encadrement pédagogique avec des réunions mensuelles sur place, et ce projet débouche pour l’étudiant par la remise d’un rapport et une soutenance à l’issue des six mois.» Parmi les prochains projets d’expertise, les étudiants pourront ainsi choisir entre l’amélioration de chaînes de fabrication de yaourt à boire, le dimensionnement d’échangeurs thermiques ou l’amélioration du processus de vinification dans une grande maison de champagne. Fabien Boulard (Ch. 204), 22 ans, travaille quant à lui à l’amélioration de lignes de production de crèmes glacées. Un «produit qui bouge», conformément à ses souhaits. «M’orienter vers l’agro-industrie, c’est mon idée fixe depuis que j’ai fait mon premier stage en première année dans une boulangerie industrielle, explique-t-il. J’ai apprécié la technicité des machines et du produit. On ne peut pas se permettre d’avoir des produits qui attendent sur la ligne. Il faut agir vite et bien !»
Une matière vivante
Ce souci d’exigence, c’est aussi ce qui a convaincu Sébastien Perseval (Ch. 200), l’un des premiers étudiants à avoir suivi la spécialisation «génie agro-bio industriel», dont il est diplômé depuis 2003. À 27 ans, il travaille aujourd’hui pour Pingat ingénierie, une entreprise spécialisée dans l’agroalimentaire. «Le fait d’intervenir sur des produits alimentaires apporte une vraie plus-value à mon travail», note-t-il. «Nous devons nous montrer particulièrement exigeants dans la surveillance de la conception hygiénique. À nous de choisir la meilleure charpente, le meilleur dallage pour éviter la rétention d’eau et tous les facteurs qui peuvent développer les bactéries. De la même façon, le traitement de l’air doit être plus poussé que dans des bureaux.» Originaire de Reims, Fabien Boulard se verrait bien oeuvrer auprès d’un producteur de champagne lorsqu’il aura décroché son diplôme. C’est un produit vivant, contrairement à une pièce métallique !, souligne-t-il. Ce produit est plein d’attrait et donne vraiment l’impression d’apporter une valeur ajoutée aux consommateurs.» De son côté, Sébastien Perseval ne sait pas encore s’il évoluera plutôt vers l’agroalimentaire ou le bâtiment, les deux
volets de son poste actuel. Seule certitude, il ne regrette pas d’avoir compté parmi les premiers à suivre cette spécialisation. «C’est un cursus plutôt bien perçu par les entreprises. En général, les ingénieurs sont très bons soit en process, soit en produit. Nous, avec des connaissances dans les deux domaines, nous apportons vraiment un plus.» De fait, la spécialisation «génie agro-bio industriel » semble avoir déjà convaincu les entreprises. Parmi la cinquantaine d’étudiants passés par cette filière, plus des deux tiers travaillent aujourd’hui dans ce secteur, et la plupart ont été embauchés avant même la fin de leurs études, notamment dans le cadre de leur projet d’expertise. Une première expérience professionnelle qui se transforme souvent en premier emploi.
Pierre Tessier
Arts et Métiers Magazine n°298 - janvier 2007
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