
En répondant aux nouvelles attentes des consommateurs et à l’impératif de préserver l’environnement, les agro-bio industries offrent de plus en plus de perspectives aux ingénieurs.
«La bio-industrie a besoin de vous !», lance Pierre Feillet au public du 29e Congrès national des ingénieurs Arts et Métiers. «Aujourd’hui en France, on compte seulement 8 usines de production de bio-carburants, alors qu’il y en a plus de 400 au Brésil. Le problème n’est pas le manque d’idées ou d’argent, c’est qu’on a besoin d’entrepreneurs polyvalents, capables d’établir un lien entre tout cela.» Le constat de ce directeur de recherches émérite de l’Inria, membre de l’Académie des technologies, sonne comme un appel à la mobilisation générale. De fait, répondant à la fois à un impératif économique et à une meilleure prise en compte de l’environnement, la fabrication d’éthanol et d’huile végétale pour l’industrie automobile (voir AMM de novembre 2006, p. 14) suscite un véritable regain d’intérêt, surtout depuis que le prix du baril a flirté avec les 80 dollars au cours de l’été dernier. Mais, loin de se limiter aux seuls biocarburants, les agro-bio industries recouvrent un éventail très large d’activités. Industrie agro-alimentaire, bio-énergies, biomatériaux, biomolécules... Les applications de la bioindustrie sont multiples, que ce soit dans le bâtiment, le textile, la chimie verte (détergents, cosmétiques, médicaments...), l’emballage ou la production d’additifs alimentaires et de compléments nutritionnels. Sans oublier des activités plus périphériques comme l’industrie du papier, la filière de l’eau ou le traitement des déchets. Avec à chaque fois un double objectif : offrir un bien d’une qualité constante et irréprochable aux consommateurs, grâce à des procédés compétitifs et respectueux de l’environnement.
Débouchés pour les ingénieurs
Ces domaines nombreux et variés constituent autant de débouchés possibles pour les ingénieurs. Si l’industrie classique emploie encore 60 % des diplômés des Arts et Métiers, la bio-industrie s’avère en effet prometteuse en termes d’emploi. En 2005, près de 600 gadzarts travaillaient ainsi pour des secteurs comme l’agroalimentaire (224 personnes), la pharmacie, la biochimie et la cosmétique (266 personnes), la fabrication d’engrais ou de machines agricoles. Et ce sont surtout les plus jeunes diplômés qui profitent de cet appel d’air. «On recense plus de 70 gadzarts diplômés entre 1990 et 1999 qui travaillent aujourd’hui dans l’agroalimentaire, contre seulement une quarantaine au sein des promotions 1970 à 1979», souligne Michel Lacroix (Ch. 55), ancien directeur général des caves chez Piper Heidsieck. «Mais c’est surtout dans la pharma agro-chimie que la progression a été marquante. Alors qu’ils ne sont qu’une vingtaine de gadzarts diplômés entre 1970 et 1979, on compte plus de 120 anciens des promotions sorties entre 1990 et 1999 qui travaillent dans ce secteur.» L’Ensam de Châlons-en-Champagne ne s’y est d’ailleurs pas trompée et a lancé en 2002- 2003 une filière spéciale «agro-bio industries» qui compte aujourd’hui une dizaine d’étudiants. Les perspectives sont d’autant plus encourageantes que la France, premier pays agricole de l’Union européenne, a de nombreux atouts à faire valoir. L’agroalimentaire y est déjà le premier secteur industriel, le premier exportateur de produits transformés et le premier employeur. La France est également le premier producteur européen de médicaments. «Et puis, nous avons aussi l’avantage de posséder énormément de ressources sur notre territoire : des céréales, du bois, du chanvre, du raisin, de la betterave...», complète Hervé Defrasne, consultant senior chez Mercuri Urval. «Nous disposons également de partenariats socio-économiques très développés entre les universités, les écoles et les pouvoirs publics, même si le manque de recherche-développement risque de constituer un frein.» En s’appuyant sur cet héritage, la bio-industrie devrait donc continuer à se développer, d’où un besoin croissant d’ingénieurs formés sur le modèle Ensam. «Les industries du vivant sont de plus en plus des industries de haute technologie, analyse Pierre Feillet. Il y a aujourd’hui des jonctions fortes entre les spécialistes des deux domaines. Par exemple, des chercheurs ont réussi à isoler une protéine qui joue un rôle essentiel chez l’homme au niveau de l’odorat et à la fixer sur des nano-supports, capables d’identifier une odeur précise. À terme, ces progrès offrent de nouvelles pistes, par exemple pour surveiller la qualité des aliments.» Vaste champ d’expérimentation aux contours encore assez flous, les agro-bio industries impliquent en effet la mise au point de nouveaux procédés de transformation, conciliant efficacité industrielle et respect du vivant. Et à ce niveau-là , les gadzarts ont un vrai rôle à jouer.
Pierre Tessier
Arts et Métiers Magazine n°298 - janvier 2007
Sommaire de la rubrique
- Congrès 2006 : les agro-bio industries en débat - un secteur porteur
- Congrès 2006 : les agro-bio industries en débat - "soyez souples et polyvalents"
- Congrès 2006 : les agro-bio industries en débat - l’Ensam de Châlons mise sur le bio














