
En permettant à chaque utilisateur de composer ses programmes, le podcast chamboule le fonctionnement des stations de radio et des chaînes de télévision.
Les podcasteurs sont partout ! En voiture, dans le métro ou dans la rue, ils ne se déplacent plus sans leur lecteur MP3 et leur casque sur les oreilles. Mais en profitant de leur temps de trajet pour écouter leurs programmes radio préférés.
Né de la contraction du nom de l’iPod, le plus populaire des baladeurs MP3, et de «broadcast», diffusion en anglais, le podcast permet à l’auditeur de télécharger sur Internet chroniques, émissions et reportages pour pouvoir les écouter où il veut et au moment de son choix, sur un lecteur MP3 ou directement sur son ordinateur. C’est ce que Pierre Bellanger, directeur de Skyrock, appelle “le surgelé de la radio”, souligne Loïc Le Meur, vice-président de Six Apart, une société qui aide entreprises et particuliers à fonder leur blog. «Grâce au lecteur MP3, il n’y a plus aucune contrainte de temps ou de lieu.» Journaliste spécialiste des nouvelles technologies à Europe 1, Benjamin Vincent préfère parler de «radio à la carte». «Ce système permet de récupérer les programmes qu’on rate parce qu’on n’est pas chez soi ou qu’on ne peut pas les écouter attentivement le matin, trop occupé à préparer les enfants pour l’école. C’est pourquoi s’ouvrir aux blogs et aux podcasts est une piste essentielle pour l’avenir des médias.»
Une technique très accessible
Les grands médias ne sont pas à l’origine du mouvement et n’ont fait que suivre la tendance initiée par des amateurs. «Le podcast, c’est un simple prolongement du phénomène des blogs, analyse Loïc Le Meur. Il répond à une envie de s’exprimer, de donner son opinion en touchant un public beaucoup plus large que les quelques collègues qu’on croise le matin à la machine à café.» Sorte de “cyber-journal intime”, le blog permet à son créateur de parler politique, sport ou cinéma sans contrainte. Du blog au podcast, il n’y a qu’un pas, que les internautes ont rapidement franchi.
Avec un simple téléphone portable, le blogueur peut en effet s’enregistrer, voire se filmer, puis mettre le fichier en ligne pour permettre aux visiteurs de son site de le podcaster. Les plus perfectionnistes peuvent même s’équiper de micros ou de caméras à un prix modique, pour un résultat d’une qualité technique parfois impressionnante. Sérieux ou parodiques, sans prétentionou véritables oeuvres d’art, ces documents audio et vidéo créés par des amateurs touchent tous les domaines, que ce soit la musique, l’humour, mais également le sport, la littérature, la cuisine, le cinéma... À quelques mois de l’élection présidentielle, même les hommes politiques s’y sont mis. Il faut préciser qu’1,3 million de Français déclarent podcaster, et que les ventes florissantes de lecteurs MP3 et de matériel informatique encouragent à s’y essayer. Ces chiffres ont en tout cas amené les entreprises à se pencher à leur tour sur le phénomène. «Beaucoup se montrent encore hésitantes, mais certaines commencent à se lancer, confirme Loïc Le Meur. Microsoft a par exemple créé Channel 9 sur son site, où elle dresse chaque jour le portrait d’un de ses salariés, de l’employé du bas de l’échelle jusqu’à Bill Gates lui-même. C’est une façon très efficace de décrisper et d’humaniser l’image de l’entreprise.»
Face à un tel engouement, les grands médias comme Europe 1 ne pouvaient pas rester sans réaction. «C’est après le 23 mai 2005 que nous avons vraiment décidé de nous lancer, lorsque Steve Jobs, le patron d’Apple, a présenté la nouvelle version d’i-Tunes, explique Benjamin Vincent. Avec ce nouveau logiciel, il suffit d’un simple clic pour s’abonner à un podcast et recevoir automatiquement les programmes mis à jour.” Au lieu de mettre en ligne des reportages, chroniques ou émissions morcelées, Europe 1 crée des chaînes thématiques sur la culture, les médias, l’économie, les nouvelles technologies... «En plus de régler le problème du décalage horaire pour nos auditeurs à l’étranger, c’est un bon moyen de faire découvrir au public des programmes de l’antenne qu’il ne connaît pas encore.» Autre avantage, le podcast s’effectue en MP3, un format qui offre une qualité de son irréprochable, nettement meilleure que le streaming, l’écoute en direct sur Internet. Résultat, le site www.europe1.fr enregistre aujourd’hui un million de téléchargements par mois et met en ligne de plus en plus de fichiers spécifiques, uniquement destinés aux podcasteurs. Le site propose même une vidéo permettant de découvrir les coulisses de la station.
Jouer la connivence
À l’ère du numérique, le podcast s’inscrit en effet dans un paysage médiatique en plein bouleversement. «Il s’est opéré une grande fragmentation: on est passé de 6 chaînes de télévision en 1990 à 108 en 2005, analyse Dominique Delport, de l’agence de communication MPG France. Les frontières sont aussi devenues plus floues. Aujourd’hui, une chaîne comme Arte se lance dans la radio, Europe 1 propose des fichiers vidéo.» Une nouveauté qui répond à l’évolution d’une société dans laquelle 71 % des 16-20 ans déclarent utiliser plusieurs médias en même temps. «Les usagers sont prêts, poursuit Dominique Delport. On compte déjà 26,5 millions d’internautes en France. Et la jeune génération s’inscrit à fond dans cette tendance: 30 % des blogs sont réalisés par des 11-14 ans.»
Pas étonnant dans ces conditions que les annonceurs publicitaires fassent preuve d’un intérêt grandissant. D’autant que si blogs et podcasts ne disposent encore que d’une audience limitée, il s’agit d’un public plus fidèle, et généralement très attiré par le contenu du site. Reste à définir les modalités les plus efficaces pour communiquer sur ce nouveau support. «Il faut jouer sur l’humour, la connivence, en proposant par exemple des jeux-concours, explique Dominique Delport. La marque de rasoirs Wilkinson avec le Dare, “droit au rasage extravagant”, ou la marque de sport Nike avec les podcasts de Joga TV pendant la Coupe du monde de football ont rencontré un beau succès. De la même façon lorsque Renault a sponsorisé le podcast de l’animateur Cauet, 67 % des internautes ont déclaré avoir reçu le message de l’annonceur.»
Pour autant, le podcast se limite actuellement à un support de communication de plus. Tous les ménages ne sont pas encore connectés au haut débit, ni même équipés d’un ordinateur. Et il n’existe pas encore d’outils fiables pour mesurer l’audience des blogs et le succès des podcasts, ni mesurer leur impact réel. «Téléchargement ne signifie pas nécessairement visionnage, souligne Dominique Delport. Lorsqu’on est abonné, on reçoit les fichiers mis à jour quotidiennement ou toutes les semaines, mais on n’a pas forcément le temps de les consulter. Même si l’on dispose de chiffres, les entreprises doivent comprendre que l’on fonctionne encore à l’aveugle.»
Pierre Tessier
Pour tout savoir sur le podcast : http://francepodcast.viabloga.com
Arts et Métiers Magazine n°299 - mars 2007
Sommaire de la rubrique
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