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bilan de santé de l'entreprise selon le dessinateur Chaunu

Votre entreprise est-elle en bonne santé ?

Une entreprise combine plusieurs facteurs pour être efficace. Finances, législation, ressources humaines... autant de raisons de dresser régulièrement un bilan de santé.


Naissance, croissance, développement et parfois cessation d’activité... Les grandes étapes qui rythment la vie d’une entreprise sont comparables à celles qui jalonnent l’existence des êtres vivants. Et de même qu’un individu peut attraper un rhume ou avoir de la fièvre, une entreprise peut voir sa mécanique grippée par des problèmes de comptabilité, de législation ou de ressources humaines. «Pourquoi ne pas établir un bilan de santé de son entreprise, comme on le fait pour soi à partir d’un certain âge?», suggère Catherine Brachet. Directrice générale du cabinet CB Conseil, elle travaille depuis une quinzaine
d’années avec des PME-PMI en difficulté pour essayer de les renflouer. «De nombreux chefs d’entreprise réagissent quand il est déjà trop tard. Ils croient détenir le meilleur produit et sont persuadés qu’ils vont finir par s’en sortir. C’est paradoxal: d’un côté, ils ont une surabondance d’informations et de l’autre, ils se conduisent comme s’ils portaient des oeillères pour éviter la réalité.»
Désormais soumises à une concurrence quasi-mondiale, les PME évoluent dans un environnement toujours plus complexe, en raison notamment d’un cadre juridique de plus en plus exigeant. «On ajoute sans cesse des lois sans jamais en supprimer, souligne Catherine Brachet. Un patron de PME n’a pas les moyens de toutes les connaître. Il en existe tellement qu’on peut commettre plein d’erreurs en toute bonne foi.» Un risque d’autant plus sérieux que nombre d’entrepreneurs peinent à s’échapper du quotidien pour prendre du recul et mettre à jour leurs connaissances. «Ils me disent souvent : “Je
n’ai pas le temps”», poursuit Catherine Brachet. Ils ne suivent pas de formation, se rendent peu dans les forums privés ou les manifestations des chambres de commerce, ne font pas de lobbying... Ils ne parviennent pas à sortir le nez du guidon pour observer ce qui se passe autour d’eux.»
Réflexe salutaire
Consulter régulièrement un avocat en droit social ou un fiscaliste, faire appel à un cabinet de veille technologique, réorganiser son système informatique pour améliorer la sécurité, embaucher un consultant extérieur pour faire le point sur les aides et subventions disponibles... Autant de réflexes que de nombreux patrons n’ont pas encore acquis. C’est
pourtant un bon moyen de déceler certains problèmes dont on n’avait pas forcément conscience. «Lorsqu’on étudie la situation d’une entreprise, on établit un plan d’action avec le dirigeant et on commence par s’intéresser à un point précis, par exemple le palmarès des clients, les assurances, explique Catherine Brachet. On travaille par phases successives et on s’arrête dès qu’il le souhaite. Mais généralement, on va jusqu’au bout, car on trouve à chaque fois de nouveaux éléments à améliorer. Je n’ai pas souvenir d’un seul cas où une étude partielle n’ait pas débouché sur un audit complet.»
De fait, chaque secteur de l’entreprise est susceptible de générer des dérives ou des situations à risque, d’où l’intérêt d’un audit global tous les deux à trois ans. Ce qui nedispense pas de faire plus régulièrement un «check-up» des différents services de l’entreprise. «Il ne faut pas attendre la fin de l’année pour savoir si l’entreprise est bénéficiaire, souligne Catherine Brachet. Les tableaux de bord s’avèrent pour cela très efficaces, car on se rend compte des écarts.» Avec un point au moins une fois par trimestre, on peut par exemple détecter des dérives dans le calcul des prix de revient. Surtout, on évite d’attendre que le comptable déclenche l’alarme pour changer de stratégie, quitte à se séparer d’un client ancien. «Beaucoup d’entrepreneurs ont du mal à s’y résoudre. Cela fait longtemps que vous travaillez ensemble, vous connaissez ses enfants... Mais parfois, ces relations complices vous font perdre de l’argent.» Le bilan de santé de l’entreprise permet de profiter d’un nouveau regard, d’une certaine fraîcheur apportée par un intervenant extérieur. «J’ai travaillé pour une entreprise qui vendait à la grande distribution des produits fabriqués avec un fromage régional, témoigne Catherine Brachet. Je leur ai montré qu’ils perdaient un euro à chaque barquette ! Nous avons réussi à réorganiser la production, en utilisant notamment un fromage plus commun. Et il n’ont pas déposé le bilan !»
Au-delà de la rentabilité économique, de nombreux aspects sont souvent négligés par des chefs d’entreprise englués dans le quotidien. Rares sont ceux qui pensent, par exemple, à déposer un dossier auprès du Fonds social européen (FSE), qui peut dans certains cas leur donner un sacré coup de pouce. De même, beaucoup ignorent à quoi sert la cotation Banque de France et ne pensent pas à la demander. Cette appréciation financière sous la forme d’une note permet d’exprimer la capacité d’une entreprise à honorer ses engagements financiers : une information que l’on peut demander gratuitement et qui sera bien utile à un entrepreneur qui sollicite un leasing ou un crédit auprès d’une banque. «Un de mes clients s’est vu refuser un crédit parce qu’il avait connu quelques soucis plusieurs années avant et que sa notation n’avait pas été corrigée, illustre Catherine Brachet. Cela peut vraiment vous marquer au fer rouge.»
Remise en cause
Les ressources humaines constituent une autre source d’ennuis potentiels. Entre les erreurs de recrutement, la multiplicité des contrats de travail et une jurisprudence qui évolue sans cesse, pas facile de s’y retrouver ! Peu de patrons savent par exemple que, depuis trois ans, le droit individuel à la formation (DIF) impose aux entreprises de financer chaque année 20 heures de formation à leurs salariés. «De temps en temps, faites vérifier l’ensemble de vos contrats par un avocat en droit social, conseille Catherine Brachet. On y découvre presque à chaque fois des mentions très «exotiques», concernant la clause de non-concurrence notamment.» D’autres points sont encore moins connus, comme le document unique, que l’entreprise doit tenir à la disposition de l’Inspection du travail pour présenter les risques encourus par les salariés à leur poste, ou le rapport unique: «Une entreprise de moins de 300 personnes doit remettre au comité d’entreprise ce document qui fait le point sur les finances et la comptabilité comme sur la partie sociale : nombre de CDD, de CDI, de salariés handicapés... Mais moins d’une entreprise sur deux sait ce qu’est le rapport unique ! Or, ne pas le donner au CE est un délit d’entrave et relève du droit pénal.»
Pour déceler les problèmes avant qu’ils ne menacent la santé de l’entreprise, il est donc utile de mettre régulièrement les choses à plat, quitte à faire appel à des consultants extérieurs. Un patron de PME ne saurait être informé de tout, et un comptable ne peut pas surveiller les finances tout en faisant office d’avocat et de directeur du personnel. «Cela demande avant tout un peu de bon sens. C’est un peu comme la disposition des meubles dans une maison. Cela fait 15 ans qu’ils sont placés de la même façon, et quelqu’un qui vous rend visite suggère de bouger le canapé.» Pour avancer, un chef d’entreprise ne doit donc pas craindre de tout remettre en cause, y compris ses propres décisions. «C’est avant tout aux entrepreneurs de se demander si, après 15 ans aux commandes, ils sont vraiment de bons managers, conclut Catherine Brachet. Dans les tribunaux de commerce, un grand nombre de chefs d’entreprise sont capables d’expliquer ce qui les oblige à déposer le bilan. Il s’agit de faire en sorte que cette prise de conscience n’arrive pas à retardement.»

Pierre Tessier

CET ARTICLE FAIT SUITE À LA 144E RÉUNION DU CLENAM. LE PROCHAIN DÉBAT DU CLENAM AURA LIEU LE LUNDI 14 MAI.
RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTIONS TÉL. 01 40 69 27 36. CLENAM@ARTS-ET-METIERS.ASSO.FR.

Arts et Métiers Magazine n°300 - avril 2007