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Se former sans quitter son poste de travail

L'enseignement à distance fait gagner du temps et de l'argent

Comment développer la formation par Internet dans une société autoroutière ? Le projet d’expertise de deux étudiants de l’Ensam a révélé les avantages de la formule.


Réaliser une étude complète sur l’E-formation à la société APRR (Autoroutes Paris-Rhin- Rhône) : tel est le projet qui a réuni pendant toute l’année scolaire 2005-2006 Fabien Deroo (Li. 203), Thomas Lemoigne (Ai. 203), Pierre Gasnereau, leur professeur à l’Ensam, et Raphaël Pedrono (Bo. 99), responsable de la formation pour la société autoroutière à Dijon. «Il existait un module d’E-formation à APRR depuis deux ans et demi, explique Raphaël Pedrono, demandeur de cette étude auprès de l’Ensam. Il me semblait intéressant d’en dresser un bilan, pour en déduire la meilleure manière de nous orienter.» APRR présente alor deux besoins : réaliser un benchmarking (une analyse comparative) sur l’E-formation pour savoir quels prestataires existent en France et lesquels sont susceptibles de correspondre à ses attentes ; et établir un état des lieux qualitatif et quantitatif de l’E-learning au sein du groupe pour 2005.
La stratégie d’APRR consiste à favoriser la dispense de certaines formations par E-learning, particulièrement en bureautique. Mais en 2005, la proportion des salariés formés par Internet dans ce domaine n’est que de 52 %. Les 48 % restants correspondent à des formations animées par des formateurs internes ou par un organisme externe, ainsi que le mentionne l’étude de Fabien Deroo et Thomas Lemoigne.
Un outil économe
«Après avoir trouvé une solution stable, il fallait faire en sorte que l’E-learning représente une part plus importante sur l’ensemble de la formation», résume Raphaël Pedrono. Car cette méthode présente plusieurs avantages : d’abord, celui du coût, moins élevé que celui des formations «en présentiel». Il n’y a notamment pas de déplacement, et le jeune ingénieur estime qu’APRR aurait économisé 30 000 à 40 000 euros si la totalité des formations en bureautique avaient été effectuées par Internet. Ensuite, celui del’individualisation : «L’E-formation cible davantage les besoins de l’apprenant, en termesde rythme de progression et de compétences développées», juge-til. Le travail qu’il demande alors aux deux étudiants de l’Ensam consiste à confirmer quel’E-learning est bien le mode de formation le plus adapté à ces cas de figure. Il fournit un cahier des charges à Fabien Deroo et Thomas Lemoigne, qui passent la première partie de leur année scolaire à Paris, où ils réalisent leur benchmarking auprès des prestataires en E-formation, situés pour la plupart en région francilienne. Les deux élèves-ingénieurs transmettent leurs informations à Raphaël Pedrono par mail ou par conférence téléphonique.Ensemble, ils affinent leur méthode, en liaison avec Pierre Gasnereau à l’Ensam.
Et à partir de mars 2006, les deux étudiants passent l’essentiel de leur fin d’année scolaire à Dijon. Ils se déplacent énormément sur l’ensemble du réseau APRR pour rencontrer les bénéficiaires de modules d’E-learning en bureautique et en gestion de projet, leur hiérarchie ainsi que les gestionnaires de formation, ce qui représente une dizaine de personnes sur chaque direction régionale du groupe, qui en compte six, mis à part le siège social basé à Dijon: Nemours, Beaune, Besançon, Gannat (près de Clermont- Ferrand), Genay (à côté de Lyon) et Chaumont. Pour chaque direction régionale, une fiche de synthèse est rédigée à partir de leur audit.
Leur étude met en exergue plusieurs résultats. D’abord, son bilan financier valide le fait que l’apprentissage à distance coûte moins cher que la formation externe: 54 % des personnes ayant bénéficié d’une formation en 2005 l’ont été sur Internet, ce qui a représenté 47 % du coût total en formation, et les 40 % des personnes formées en externe ont occasionné 49 % du coût total. Deuxièmement, le retour de leur étude est favorable concernant la bureautique, moins pour la gestion de projet, qui présente un score moyen de 75,56 % de résultats satisfaisants lors du test d’évaluation des acquis réalisé à l’issue de la formation, contre un score de 78,34 % en bureautique.
Enfin, pour disposer d’un maximum d’informations dans l’hypothèse d’un changement de prestataire, APRR souhaitait obtenir une vision globale et chiffrée des fournisseurs de plates-formes et de contenus en E-formation existants sur le marché. Fabien Deroo et Thomas Lemoigne ont utilisé quatre grandes catégories pour les classer : fournisseur, plate-forme, contenu et tarification. Cette étape leur a permis d’établir une première liste de quatorze fournisseurs, avec l’impératif de leur présence physique en France. Onze prestataires ont ainsi été écartés de l’étude, car ils ne répondaient pas à la demande ou n’étaient pas intéressés.
À partir de ce résultat, ils ont établi une matrice de notation comptant cinq indicateurs : l’utilisateur, la technique, la vie du produit, l’auteur et les coûts. En pondérant certains coefficients, ils en ont déduit un classement global, point de départ d’une importante réflexion à la société APRR.
Aspects humains et financiers
En effet, le bilan de cet audit a été communiqué en interne au sein du groupe. «Nous avon adopté un nouveau prestataire pour 2007, en optant pour celui qui était désigné comme le meilleur dans le projet d’expertise», annonce Raphaël Pedrono, qui se déclare très satisfait de sa collaboration avec l’Ensam. Plus qu’un aboutissement, ce changement constitue un point de départ pour reconsidérer la formation par Internet dans son ensemble. Cette étude fournit une base d’informations sur laquelle APRR compte s’appuyer pour franchir un nouveau palier, notamment en diversifiant son offre en E-formations. Et concernant des modules de management comme la gestion de projets, «l’E-learning permet une première approche qui peut faire économiser le nombre de jours de formation externe à prévoir par la suite», note le jeune ingénieur. 70 % du public plébiscitait l’E-learning à APRR en 2005 ; l’objectif annoncé pour 2007 est désormais d’atteindre 95 %. «Les ingénieurs Ensam sont des généralistes, conclut Raphaël Pedrono. Un travail tel que celui-ci apprend à résoudre des problèmes qui ne sont pas d’ordre purement technique. Il aborde aussi des aspects financiers et humains très représentatifs de ce que les jeunes ingénieurs seront amenés à traiter dans leur vie professionnelle. Par ailleurs, elle a permis à Fabien et Thomas de gérer ce projet en totalité, comme deux chefs de projet l’auraient fait en entreprise.» Des arguments auxquels le jury du prix Garangeat a visiblement été sensible. Raphaël Pedrono estime que ce bilan pourrait donner lieu au même type d’étude d’ici deux à trois ans ; le temps que ce premier travail ait porté tous ses fruits.

Agnès Togny

Pour en savoir plus>>> : www.parisrhinrhone.com

Arts et Métiers Magazine n°300 - avril 2007

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