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Le «serial entrepreneur» en informatique et services web

Reconnu comme un acteur innovant dans les nouvelles technologies de l’information, Éric Didier compte parmi les initiateurs du site de mise en relation professionnelle Viadeo.


Il appartient à cette catégorie d’entrepreneurs auxquels on peut confier les yeux fermés la reprise de start-up ou de filiales technologiques en difficulté de grands groupes : il en fera toujours des structures performantes. Éric Didier l’a démontré avec talent tout au long de son parcours professionnel. Mieux, il a créé en 2000 sa propre start-up, Soamaï, spécialisée dans les Web services et en a porté le chiffre d’affaires à 2,5 millions d’euros après seulement 3 ans d’activité, «dont deux uniquement consacrés à la R&D», précise-t-il. «J’ai reçu deux prix pour cela en 2003 : celui de l’innovation décerné par l’Anvar, avec à la clé un prêt de 800 000 euros, et celui de l’entreprise à la plus forte croissance, attribué par Capital IT, un jury de financiers européens», ajoute-t-il avec une certaine fierté. Il faut préciser que ce gadzarts de 44 ans, marié depuis 4 ans et père d’une petite fille, s’est révélé fin stratège, voire visionnaire dans son domaine de prédilection : l’univers des technologies logicielles et d’Internet.

Autodidacte

Il le prouve une fois de plus en comptant, via le groupe d’entrepreneurs Agregator, parmi les multiples initiateurs de Viadeo (ex-Viaduc), le fameux réseau social Internet de mise en relation professionnelle en ligne. Le succès est à nouveau au rendez-vous. Viadeo possède aujourd’hui plus de 1,3 million de membres, dont 300 000 nouveaux adeptes étrangers ramenés par Éric Didier, en tant que directeur des opérations internationales depuis novembre 2006. «Viadeo a aussi scellé un partenariat en Chine avec la société locale Tianji, pour lancer son équivalent chinois», insiste-t-il. Éric Didier ne s’acheminait pourtant pas au départ vers une carrière de «serial entrepreneur dans la high tech», comme il aime à se définir.
Originaire de Reims et issu «d’une famille dont le père travaillait dans une maison de bouchons de champagne», il a plutôt suivi une formation très matheuse et technologique au lycée Roosevelt de Reims, qui le conduisait vers un profil purement technique d’ingénieur. À la sortie des classes préparatoires, il intègre naturellement l’Ensam la plus proche, celle de Châlons-en-Champagne, et se spécialise en fin de cursus à Paris en simulation numérique. «Déjà à l’époque, l’utilisation intensive de l’informatique appliquée aux sciences de l’ingénieur me plaisait beaucoup», indique Éric Didier. Après son service militaire, il entre chez Thomson CSF (aujourd’hui Thalès), la branche armement du groupe. Il y reste trois ans à pratiquer la simulation de tirs de missiles. Puis il démissionne, tournant le dos à cette grande structure. «Je cherche d’avantage d’autonomie au sein de sociétés plus légères. Le manque de dynamisme d’un grand groupe ne correspond pas à mon plaisir de travailler », révèle-t-il. La même raison le poussera en 2006 à quitter le groupe américain ASG Rochade. Car entre-temps, il a réussi à creuser son sillon d’entrepreneur autodidacte en apprenant «sur le tas». Lorsqu’en 1990, il quitte Thomson pour rejoindre la jeune entreprise américaine Parametric Technology (PTC), spécialisée en CAO mécanique, c’est en effet un véritable tournant de carrière qui l’attend. En participant au lancement de la filiale française, Éric Didier est confronté aux contraintes d’une très petite structure «où chacun s’occupe de tout». Il est donc obligé de se familiariser avec les questions de vente, de marketing, de gestion et de ressources humaines. «Mon travail chez PTC m’a permis de passer d’un profil d’ingénieur technique à des activités plus commerciales, plus entrepreneuriales, favorisées par une aisance relationnelle qui s’est révélée», explique-t-il. D’autant qu’il étend progressivement son champ commercial aux marchés belge et suisse. Le résultat est éloquent. Il fait grimper les ventes de PTC de façon exponentielle, ouvre huit bureaux en Europe à l’aide d’une équipe d’une cinquantaine de collaborateurs qu’il a bâtie peu à peu. Mais en 1997, lorsque la CAO devient un marché de ventes indirectes via des distributeurs, Éric Didier ne retrouve plus la ferveur de ses contacts directs avec les clients. Il rejoint alors le groupe américain Ross Systems, fournisseur de progiciels de gestion intégrés pour les industries agroalimentaire, papetière et pharmaceutique. Il en reprend les filiales française et belge qu’il valorise de nouveau en vendant au mieux ses solutions logicielles de gestion de stocks. «J’ai redressé ces filiales en difficulté en multipliant par cinq le chiffre d’affaires. Mes expériences chez PTC et Ross m’ont ainsi permis d’acquérir une compétence énorme dans le pilotage d’entreprises», confie-t-il. Éric Didier peut alors développer son art de la stratégie et son sens du business. Face à la féroce concurrence de grandes firmes telles Oracle et SAP, il a l’idée judicieuse de faire passer Ross dans une approche indirecte du marché via des distributeurs qui reversent des royalties à la société. «On a ainsi conservé la bonne marche du modèle de vente», indique-t-il.
Ses talents d’entrepreneur désormais avérés, Éric Didier s’oriente dans un autre domaine et crée en 2000 son «petit bijou» : la start-up Soamaï. «Je déteste faire toujours la même chose. Je mets beaucoup de passion à piloter une activité et une équipe et n’éprouve ensuite aucune envie d’aller chez les concurrents. À chaque fois, je change donc de marché», explique-t-il.
Là aussi, l’idée de départ est séduisante. Il s’agit de fonder une société qui édite un logiciel capable de faire l’inventaire complet des briques ou des blocs de logiciels applicatifs et de leur environnement, des entreprises étendues à leurs partenaires, filiales... Ce produit correspond à l’époque à un besoin. Il investit ainsi le marché des Web services. Avec Soamaï, il apprend aussi à lever des fonds de capital-risque. Ce qu’il réussit en deux fois entre 2001 et 2003, en obtenant 1,5 million et 6 millions d’euros: une prouesse en plein éclatement de la bulle Internet !

Esprit d’équipe

Pour aborder le marché américain (50 % du marché mondial), il n’a pas d’autre solution que de vendre Soamaï à un groupe local, ASG Rochade. Ce dernier l’embauche entre 2004 et 2006 pour promouvoir depuis Washington sa solution logicielle sur son marché domestique. Mais toujours «en quête de nouveaux marchés», Éric Didier qui reste aux États-Unis, à Boston, entre ensuite dans la filiale américaine du français Sunopsis, fournisseur de logiciels de synchronisation de bases de données (ETL, Extra Transform Load), afin d’effectuer une courte mission de développement commercial sur le continent américain.
Lorsqu’il rentre en France en 2006 pour raisons personnelles, le club d’affaires Agregator, dont il est membre depuis 2002, le rattrape. «Ce club groupe 300 entrepreneurs français de la high tech qui partagent régulièrement leurs besoins, leurs offres, leur business. De ces rencontres, a germé peu à peu l’idée de créer un Intranet pour enregistrer nos divers contacts. C’est ainsi que Viadeo est né», explique ce passionné de voile, qui en profite pour glisser: «Pratiquer la voile correspond à un bon esprit d’équipe, de solidarité et de compétences pour diriger des hommes. Ce sport s’inscrit dans une logique d’entrepreneur.» Cet esprit d’équipe et de fraternité, Éric Didier le tient surtout de son passage à l’Ensam et de celui qui règne au sein de la communauté gadzarts, dont il reste très solidaire. Au point qu’il réfléchit à lui créer un espace au sein du réseau Viadeo.

Bruno Mouly